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FEMME
PETITES NOUVELLES
FLAMME & CO !
Les mains claquent le rythme des pieds qui martèlent le sol. Bouche carmin, Carmen bouge. Envol des volants veloutés. Enchantement des hanches qui se déhanchent. Qui coulent. Ondulent. Caressent. Aguichent. Le duende est au rendez-vous. Moi aussi. Là. Juste là. Devant elle. A ses pieds. Mais elle ne me voit pas. Ferveur. Touffeur. Envoûtement. Le cabales est au complet. Noir des cheveux et des regards. Son corps se cambre, sa gorge se dresse. Je ferme les yeux et l’instant d’un instant, ses jambes brunes viennent contre les miennes. Froissement des étoffes. Frôlement des peaux. Vertige. Fierté du profil. Taille fine. Hanches épanouies. Chacun retient son souffle. Mais point ses envies.
Je me rappelle très bien ce moment. Et puis cette chambre qui nous réunit. Le bruit de la rue. Les rires des hommes. Sa bouche sur la mienne. Brûlante. Gourmande. Sa peau cuivrée. Elle fut Flamenco jusqu’au bout de la nuit. Et moi, je lui donnai ma nuit, le temps d’un Flamenco. © Annsun, le 24 mai 2008
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ANAIS
Les yeux froissés par le temps, il me regarde. Je le vois. Je ne bouge pas. Dans son regard, des milliers de chansons. Je ne les connais pas mais je les entends. Le temps s’est figé. La nuit bat son plein et mon ami le merle chante éperdument. Frissons. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ». A la force du vent, à la force du cœur, je me plie. Un instant. Durée dans le temps. Infiniment. Anaïs aimait pointer le bout de son pied nu entre mes seins. Là. Lorsque la peau est perlée de sueur, l’été. Et moi, assise sur le sol carrelé, je levais mon visage vers elle. Elle adorait me provoquer. Mais lorsque, de mes mains gourmandes, j’emprisonnais ce pied, son visage se transformait. D’un grand éclat de rire, je m’amusais à le repousser alors, comme à chaque fois. Enfin, pas toujours. Le beau visage d’Anaïs s’efface. Il est toujours là. Il me regarde encore. Du bout des doigts, il me dessine, il me caresse. L’éventail des désirs s’ouvre. Le temps se prend. S’apprend. Ne pas bouger. Ne rien perdre de l’instant. Folie de penser que le présent est déjà passé. Les yeux fermés, je le vois. Envie de crier, de lui dire combien j’ai envie, j’ai besoin. Le sent-il ? Le sait-il ? Il glisse lentement le drap sur mon corps et son corps près du mien. Chaleur. Odeur. Le merle s’est lassé. Silence du silence. Combien de temps ainsi sommes-nous restés ? © Annsun, le 26 mars 2008
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COMME UN SOUFFLE ABSENT
Son regard s’étira, comme pour tenter de capturer et de figer le long trait bleu de l’immensité. Elle savait bien pourtant que rien ne pouvait être gardé à jamais. Bâillonné. Lié. Enchaîné. Emprisonné. Elle sentit passer la brise sur ses joues. Lui revint, à fleur de peau, sa peau à Lui, comme un souffle absent. Avait-il seulement existé ? Lui avait-il seulement parlé, souri ? S’était-il vraiment arrêté sur elle, un peu mieux qu’à son habitude ? Il lui sembla alors que le long trait bleu était gommé. Quelques larmes oseraient-elles envahir son regard ? D’un geste rageur, elle les balaya puis enfouit ses doigts dans sa chevelure. Non, plus jamais deux fois pareil. Plus jamais croire. Doucement, elle sourit. Bien sûr, elle voulait croire encore, comment pouvait-il en être autrement ? Telles des gitanes aux robes écarlates, les barques ondulaient et avaient l’air de se moquer. Elle repoussa le son de sa voix, à Lui, cette voix qui résonnait dans sa tête malade. Devant elle, un feu de bois était avancé, porté par des eunuques fiévreux. Longues langues d’or et d’argent. Crépitements et feux d’artifices multicolores. « Tu vas bien ? Tu es certaine ? Tu as l’air ailleurs… » « Moi ? Quelle idée ! Je vais bien !! ». Prenant appui sur ses pieds nus, elle se leva, étirant ses bras comme les ailes de ces oiseaux libres. Derviches tourneurs. Fou rire. Rire fou de Camille. Internée à jamais. Seule avec ses mots et ses souvenirs. Suppliant son frère de l’enfer sortir… Après cela, bien plus tard, elle se rappela ce moment et plus jamais elle ne fut triste. Mais dans la contrée, l’on chuchotait et l’on ne savait pas vraiment quel était ce drôle d’oiseau qui tournoyait sans cesse au-dessus de la rive. Des amoureux, parfois, s’étendaient sur le sable et de ses ailes d’argent, l’oiseau semblait les protéger de la folie des autres. Aujourd’hui encore, ces amoureux racontent qu’ils ont senti comme un drôle de souffle, si vivant et si absent à la fois… © Annsun, le 19 mars 2008.
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INSAISISSABLE
Savait-il qu’elle était comme un papillon ? Ondine de papier crépon enrubanné de satin… Elle avait croisé ses jambes sous la table, très sagement. Si elle ne l’avait fait, il aurait pu sentir très vite qu’elle n’était pas aussi sage que cela. Dans l’air, tout invitait aux baisers. Baisers de soie, bouches de velours, langues-serpentins-étoiles filantes. La pointe de ses seins effleurait avec délice la mousseline sombre qui faisait ressortir davantage encore sa peau cuivrée. Elle sursauta. Il venait de prendre sa main qu’elle avait posée près de son verre. Il la pressait, presque trop fort. Elle tenta bien de la dégager mais en vain. Il avait plongé son regard brûlant tout au fond du sien, dessiné avec insistance le contour de son décolleté, s’était arrêté avec arrogance sur les pointes fières qui tendaient le voile de son caraco. Elle ne put s’empêcher de pousser un cri qu’elle voulut taire en se mordant les lèvres. Deux gouttes de sang perlèrent. Comme deux petits lacs pourpres sur lesquels les papillons aiment à se mirer. Elle ferma les yeux. Elle n’avait plus sa main prisonnière de la sienne. Plus ses jambes croisées sous la nappe blanche. Plus son regard, à lui, posé comme du plomb sur sa peau si fine. Elle flottait au-dessus de l’étendue d’argent et une myriade de papillons aux ailes diaphanes évoluait avec grâce. Insaisissable elle l’était. Il aurait pourtant suffi de si peu… © Annsun, le 11 mars 2008
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L'amour étoilé
Elle aimait à se perdre sur les petites routes du Lubéron. Lui revenaient l’odeur des pins craquant sous le soleil ardent et celle de la terre rouge. Elle portait des robes de mousseline fleurie, serrées à la taille qu’on lui disait fine. Sa poitrine était ferme et libre. Le tissu léger se relevait sur ses cuisses dorées qui perlaient sous la chaleur. Son vélo semblait lui donner des ailes qui se mêlaient à sa chevelure sombre. Elle était heureuse ce jour-là, comme ivre de cette ivresse qu’elle se connaissait lorsqu’il lui arrivait d’être amoureuse. Il lui avait dit qu’elle était belle, qu’il la désirait, qu’il ne voulait qu’elle. Il lui avait dit de le rejoindre et que plus tard, ils partiraient pour la Toscane et qu’il lui ferait découvrir ce vin qui chauffe la gorge et les sens. Elle alla plus vite encore, si vite que les cigales eurent beaucoup de mal à l’accompagner de leur chant. Et puis tout bascula ; les pins tournoyèrent dans un arc-en-ciel rouge sang et son corps fut projeté contre la roche, tel un pantin disloqué. Pourquoi le froid l’avait-il envahie ainsi ? Qu’importe. Bientôt il se pencherait sur elle, bientôt elle entrerait son regard dans le sien, si fort, si loin qu’ils ne pourraient jamais plus se quitter. Bientôt, sans même se toucher, ils seraient l’un à l’autre soudés. Le vent léger s’était levé, couvrant pudiquement son corps étoilé. La Toscane, les oliviers givrés au petit matin, les collines gommées de leurs contours, leurs corps trempés de sueur et d’amour… Bientôt… Bientôt… © Annsun, le 24 février 2008
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La balançoire
Toujours plus haut vers le ciel d’été, la balançoire s’élevait et avec elle les volants légers à petits carreaux Vichy roses et blancs de la robe de Mia. Le jardin et les alentours s’emplissaient de ses cris aigus et de son rire d’enfant gâté. « Encore ! Encore ! Plus haut ! ». Seule l’odeur sucrée de la brioche ronde et craquelée la ramenait sur terre. Ses joues rebondies et écarlates se gonflaient à souhait et chaque bouchée la faisait soupirer d’aise. Mia était une petite fille gourmande qui ne partageait rien. La sirène du bateau le fit tressaillir. Ses mains gantées et fauves tremblaient légèrement et une sensation étrange l’envahit. Des hommes et des femmes étaient groupés sur le quai, la majorité avec le sourire aux lèvres, heureux d’être là pour accueillir un membre de leur famille, un ou une amie.. Très peu avaient ces visages graves de ceux qui ne savent pas très bien, ou au contraire qui ne savent que trop… Et puis, il la vit. Seule au milieu d’eux, seule, si belle, semblant fragile dans sa robe sombre. Ses bras formaient une croix sur sa poitrine. Il serra davantage alors le bastingage et une envie folle le submergea. Combien il aurait aimé être encore ce petit garçon qui poussait la balançoire, encore et encore, à en être essouflé, toujours derrière elle, « sa Mia » comme il disait au fond de lui, si jolie, si gaie. Il avait reçu une lettre d’elle, brève ; elle lui demandait de le revoir une fois encore, avant de partir à jamais dans ce ciel d’été, partir à jamais, loin et haut… © Annsun, le 11 décembre 2007
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"NE BOUGEZ PAS !"
Il avait repoussé les innombrables dossiers qui envahissaient son bureau - Demandé qu’on ne le dérangea point – Derrière la porte, les sonneries des téléphones fusaient de toutes parts : c’était l’heure où l’effervescence était à son comble. Elle tremblait déjà de désir lorsqu’il s’approcha d’Elle. Il posa ses mains sur ses hanches, les serra fortement, attirant son corps contre le sien. Cambrée à outrance, Elle dut réprimer un gémissement qu’il ne lui accordait jamais. Il plongea son regard jusqu’au fond du sien, longtemps. Puis lentement, il baissa les yeux, pour admirer la finesse de sa peau huilée. Elle s’offra comme il aimait, comme il le lui demandait, sans artifice et sans dessous, ainsi qu’il l’avait rencontrée, un soir d’Automne. Il dessina, du bout de son index, les doux contours des pétales ouvertes. « Ne bougez pas ! » Elle ferma les yeux afin de mieux sentir combien son doigt, avec émotion, pénétrait millimètre après millimètre ses chairs. Quelques instant plus tard, le lourd tapis les accueillit, ivres de désir – Ils basculèrent ensemble, bien au-delà de leur folie, leurs lèvres soudées dans un seul cri qu’ils durent étouffer… © Annsun, le 9 octobre 2007
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